Par Baobab Visa Canada – 8 mars 2025
Pour de nombreux travailleurs immigrants au Canada, la vie est rythmée par l’incertitude et la peur de devoir quitter le pays qu’ils considèrent désormais comme leur foyer. C’est le cas de Joffrey Altmann, un cuisinier originaire de La Réunion, installé à Rimouski avec sa femme et leurs trois enfants depuis 2023. Malgré une intégration réussie, leur avenir au Canada est menacé par les complexités du système d’immigration.
Une famille intégrée, mais en sursis
Joffrey Altmann travaille à la Poissonnerie Gagnon, tandis que son épouse, Maylis, est employée chez Rabot D. Bois à Sainte-Luce. Leurs enfants sont bien intégrés dans le système scolaire local, et leur fille aînée rêve même de devenir enseignante, un métier très demandé au Québec. Pourtant, leur vie est suspendue à une décision administrative : le permis de travail de Joffrey arrive à échéance en juillet, et son renouvellement est loin d’être garanti.
« C’est un stress de se dire que s’il le faut, le permis ne va pas être prolongé. Et de repartir à zéro, chez moi, en France… En fait, je ne sais même pas si c’est encore chez moi, car j’ai tout vendu pour venir ici », confie Joffrey à Radio-Canada.
Des restrictions qui compliquent la situation
Depuis l’automne 2024, les nouvelles restrictions en matière d’immigration ont rendu l’obtention et le renouvellement des permis de travail plus difficiles, en particulier pour les travailleurs à bas salaire. La durée des permis a été réduite de deux ans à un an, et les employeurs doivent désormais prouver qu’ils ne trouvent pas de main-d’œuvre locale avant de pouvoir embaucher un travailleur étranger.
Pour Sarah Landry, propriétaire de la Poissonnerie Gagnon, ces démarches sont devenues un véritable casse-tête. « C’est beaucoup de temps à consacrer pour un employé spécifique quand on en a 20 autres à gérer. Quand on met 80 % de notre temps sur une personne, ça en laisse un petit peu moins pour gérer le quotidien », explique-t-elle.
Une épée de Damoclès pour les familles
La situation de Maylis Altmann est tout aussi précaire. Son permis de travail dépend de celui de son mari. Si celui-ci n’est pas renouvelé, elle perdra également son droit de travailler, et leurs enfants devront interrompre leur scolarité. « Si demain, on me refuse et on m’oblige à partir, de toute façon, je n’aurais même pas les moyens de partir », déplore-t-elle.
Un paradoxe dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre
Cette situation met en lumière un paradoxe : alors que plusieurs secteurs, comme la restauration et l’éducation, souffrent d’une pénurie de main-d’œuvre, les travailleurs immigrants qui pourraient combler ces besoins sont confrontés à des obstacles administratifs insurmontables. « C’est inhumain de faire ça, je trouve. Parce que vous arrivez, vous vendez tout, vous avez un projet d’avenir dans un pays différent et au bout de deux ans, on vous dit : ‘On n’a plus besoin de vous, rentrez chez vous’ », regrette Joffrey.
Une réalité partagée par de nombreux immigrants
L’histoire de la famille Altmann n’est malheureusement pas isolée. De nombreux immigrants vivent avec l’angoisse de devoir quitter le Canada en raison de procédures administratives complexes et de politiques d’immigration de plus en plus restrictives. Cette précarité affecte non seulement leur sécurité, mais aussi leur capacité à s’intégrer pleinement dans la société canadienne.
En attendant une décision, Joffrey et sa famille continuent de vivre avec l’espoir de pouvoir rester dans le pays qu’ils considèrent désormais comme leur foyer.
Source : Radio-Canada